lundi 6 avril 2009

"T'as vu la crise ? Qu'est-ce qu'elle a grossi !"

"T'as vu la crise ? Qu'est-ce qu'elle a grossi !"

La crise et moi, on est pote sur Facebook", "La crise m'a volé mes Pépito", "T'as vu la crise ? Qu'est ce qu'elle a grossi !"... Pour ne pas sombrer dans la dépression, comme l'économie de la planète, rien de plus salutaire que le rire. Depuis quelques mois, des slogans humoristiques fleurissent sur Internet, et notamment sur le site Aldentelacrise.com, créé en novembre 2008 par une agence de conseil en stratégie de marque.

"Au départ, nous voulions montrer que nous étions une agence de publicité innovante avec un ton décalé, façon blagues à la Coluche ou Desproges", explique Patrizio Miceli, le fondateur d'Al Dente,"puis nous avons été dépassés par le succès quand nous avons permis aux internautes de s'exprimer eux-mêmes et de voir leurs slogans imprimés sur des stickers, puis sur des tee-shirts."

Trois mois plus tard, 18 000 petites phrases rigolotes ou assassines ont été déposées sur le site, et 8 000 tee-shirts ont été commercialisés dans le magasin parisien "branché" Colette, ainsi que dans une trentaine d'autres boutiques, dont les Galeries Lafayette à Paris et Barneys à New-York. "Notre site est devenu un panorama de l'humour et de l'humeur des Français pendant la crise : beaucoup de monde s'y intéresse dont des hommes politiques", précise le jeune entrepreneur. La chambre de commerce de Paris projetera certains des slogans sur ses murs, durant l'événement "Futur en scène" (sorte de festival pour nouvelles technologies), du 29 mai au 7 juin. Et un livre de "bons mots" sera publié en juin chez First Editions (à 2,90 euros).

Non seulement Aldentelacrise permet aux internautes d'évacuer, le temps de quelques clics, leurs angoisses, mais - plus original - elle leur offre une petite rémunération, de l'ordre de 100 à 200 euros pour les meilleurs slogans, édités sur ses tee-shirts (vendus 35 euros en boutique).

Il en sera de même pour les paroliers de chansons sur la crise, la nouvelle initiative d'AlDente."La SurCrise Party", fruit des élucubrations de l'agence de pub, est déjà en ligne sur YouTube, et le clip sera visible sur Aldentelacrise, le 15 avril prochain. Après quoi, chaque internaute pourra se lancer dans l'aventure : écrire des couplets et les chanter.

"Nous allons redistribuer les droits des chansons aux auteurs parce que nous sommes entrés dans l'ère des deuxièmes boulots, des petits jobs, mais on en donnera aussi une partie à l'association Financecité (groupe PlaNet Finance), qui soutient les jeunes entrepreneurs issus de milieux défavorisés", déclare Patrizio Miceli. "Avec notre communauté de 54 000 membres, nous pouvons réagir et, pourquoi pas, aider à trouver des solutions alternatives."

Ces slogans ou ces refrains pleins d'humour servent d'exutoire, une nécessité quand on ne comprend pas vraiment d'où vient la crise et combien de temps elle va durer. " Il faut de la dérision pour supporter la situation actuelle", estime le créateur Lamine Badian Kouyaté, alias Xuly. Bët. "Cela fait deux, trois ans que cela couvait : les gens vivaient dans un monde surréaliste de nouveaux riches". Pour faire un salutaire "pied de nez au bling-bling", le créateur parisien d'origine malienne vient de lancer sur le marché le sac "Money Money" en plastique recyclé, avec plein d'euros imprimés (26 euros la pochette).

L'art de la dérision permet aussi de s'autopromouvoir. "Je n'avais pas de boulot, et je ne voulais pas être chômeuse"résume Lucile Merra, 27 ans, ex-cadre dans la publicité et fondatrice, en décembre 2008, de FuckLaCrise.com. Il s'agit d'un espace d'expression, assorti de la vente en ligne d'une collection mode de tee-shirts et d'accessoires portant le slogan accrocheur de la maison. "Rien ni personne ne doit nous empêcher de tenter de vivre nos rêves et surtout pas la crise, précise la jeune femme. C'est cet état d'esprit que je mets en avant, pour rompre avec la morosité ambiante et le rabâchage des journaux, tellement amateurs des catastrophes."

En offrant cette "crisothérapie" sur Internet et en racontant son exploit, Lucile est persuadée d'interpeller les gens, et d'avoir valeur d'exemple : "Les Français et les Européens ne veulent pas se laisser abattre par la crise. J'ai des commandes de tee-shirts venues de Belgique, d'Angleterre, de Finlande, du Canada... et j'ai même un premier magasin à Mexico."

En un mois, 17 000 internautes se sont retrouvés sur Facebook, autour de Fuck La Crise. Mercredi 8 avril, ils sont conviés à leur première fête, au Social Club, à Paris, pour échanger sourires et bons plans. De quoi, selon un jeu de mot d'Aldente, ne surtout pas faire "crise mine".

Véronique Lorelle
Article paru dans l'édition du 05.04.09 Le Monde

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